L'oeuvre du mois

Georges Lepape, Fruit d'automne et Coup de vent

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Acquises en 1971, ces deux gouaches sur papier sont conservées au sein du fonds d'arts graphiques du musée des beaux-arts.

Né en 1887 à Paris, Georges Lepape en entrant à l'atelier Fernand Humbert puis à l'atelier Fernand Cormon se lie d'amitié avec Georges Braque, Marie Laurencin, Francis Picabia. Dès 1909, il rencontre Paul Poiret avec qui il va fréquemment collaborer en guidant par le dessin les inventions du grand couturier. Il illustrera de nombreux ouvrages et albums : « Les choses de Paul Poiret vues par Georges Lepape » (1911), etc.

Pendant la première guerre mondiale, Georges Lepape participe à Fémina et, après la guerre, à la revue américaine Vogue. Artiste pluridisciplinaire (peintre, dessinateur, affichiste, graveur, illustrateur…) aux multiples talents, George Lepape sait tout créer, des costumes de théâtre aux décors de paquebot, du portrait à l'affiche en passant par l'illustration. Figure de l'avant-garde, il réalise, au même titre que Raoul Dufy, des dessins de motifs de tissus pour Paul Poiret. Mais, progressivement, l'histoire de l'art sortira Georges Lepape et retiendra le nom de Raoul Dufy.

Fruit d'automne porte l'inscription manuscrite 1918. George Lepape offre une scène de goûter empreinte de délicatesse dans laquelle il reflète la tendresse et une vision de la douceur enfantine. La captation de cet instant fugace est très éloignée des représentations académiques qui privilégient les moments solennels.

Coup de vent a probablement été conçu vers 1917. Les couleurs patriotiques de la jupe longue traduisent un message clair : consommer relève d'un devoir patriotique et permettra de sauver la France. La mode devient partie intégrante de l'effort de guerre. Par ses habits, la femme peut affirmer son patriotisme et son appartenance à l'identité nationale.

Pour ces deux dessins en arabesque, l'influence des estampes japonaises est perceptible à travers leur cadrage osé. Coupant le tronc de l'arbre et sublimant ainsi un rituel ancestral qui a inspiré les artistes japonais : la floraison éphémère d'un cerisier sous une pluie de pétales célébrant l'arrivée du printemps. La référence aux Nabis se retrouve dans les couleurs posées en aplat délimitées parfois par des cernes.

La silhouette longiligne et le port de cheveux courts traduisent l'allure Garçonne, cette mode aperçue dès la fin de la guerre. En occupant des postes d'hommes, en portant des vêtements féminins mais moins arrondis… l'idée que les femmes se seraient libérées d'un certain carcan se véhicule. Le vent de l'émancipation se lève... Pourtant, après le conflit, les femmes n'obtiendront pas le droit de vote en France malgré leur contribution essentielle. La première guerre mondiale apparaît davantage comme une période transitoire préparant les mutations majeures de la seconde moitié du XXe siècle.

Article écrit par Sophie Lessard, directrice du musée des beaux-arts et publié dans la revue Patrimoines brestois (n°33, octobre 2018).